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Kenya

Des chameaux contre la sécheresse

Les communautés de la Corne de l'Afrique se préparent à affronter la sécheresse, après une longue période sans précipitations. Le nombre de personnes ayant besoin d'une aide alimentaire augmente. Pourtant, en dépit de leur apparente impuissance face à ce fléau, les communautés de la région développent leurs propres solutions pour en atténuer les conséquences. Ceci nécessite parfois d'acquérir de nouveaux savoir-faire et d'abandonner certaines traditions ancestrales.

Galgolo Huka avec un de ses chameaux.
Galgolo Huka avec un de ses chameaux.
Photo : EC/ECHO/Daniel Dickinson

Deux jeunes chamelles de trois ans broutent à flanc de montagne dans le district de Moyale, à la frontière nord du Kenya avec l'Éthiopie. Ce spectacle inhabituel va sans doute devenir de plus en plus familier du fait de l'accroissement démographique et des menaces de sécheresse.

Un nouveau départ

Les chamelles appartiennent à Galgolo Huka, 54 ans. Il en prend soin, car il sait qu'elles pourvoiront aux besoins de sa famille et de la communauté pendant de nombreuses années. Grâce à elles, ce père de cinq enfants va pouvoir prendre un nouveau départ en retournant à son précédent métier de gardien de troupeaux.

«Avant, je possédais un troupeau de 70 bovins, que je faisais paître sur cette montagne, mais j'ai tout perdu à la suite de la sécheresse de 1984. Depuis, je travaille comme journalier, mais c'est un emploi trop précaire pour nourrir ma famille», raconte-t-il.

Dans un an, lorsqu'elles auront atteint l'âge adulte, les chamelles lui assureront un revenu sûr pendant 30 à 40 ans. Avec plus de quatre traites par jour, elles donneront chacune jusqu'à 20 litres de lait. Le lait de chamelle est considéré comme un mets délicat et se vend à bon prix, environ 75 shilling kényans le litre (soit 1 dollar américain). Et lorsqu'elles commenceront à se reproduire, il pourra céder une partie de son patrimoine à la communauté.

«Ces animaux vont changer ma vie. Je vais pouvoir envoyer mes enfants à l'école, leur acheter des vêtements et nous aurons toujours de quoi manger», dit-il, plein d'espoir.

Galgolo Huka et cinq autres fermiers du village de Teso ont reçu deux chamelles dans le cadre d'un programme financé par le Service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO). Ces fermiers, parmi les plus pauvres, ont été choisis par les anciens du village car c'est à eux que cette initiative allait profiter le plus.

Adam Jillo, qui a également reçu deux bêtes, pense lui aussi qu'elles vont changer beaucoup de choses à Teso. «Même si ce sont des biens qui m'appartiennent, je peux en faire profiter toute la communauté, car dans notre culture nous partageons les richesses», explique-t-il. «Les chamelles vont donner tous les ans naissance à un petit, qui sera donné à un autre fermier. La communauté sera plus riche parce que les chameliers dépenseront leur argent sur place», ajoute-t-il.

Les montagnes de Moyale, à la végétation luxuriante, semblent à première vue un lieu incongru pour des chameaux, mais Adam Jillo pense qu'ils remplaceront peu à peu les bovins. «Traditionnellement, nous sommes des éleveurs de bétail, mais à cause de la sécheresse, nous nous tournons aujourd'hui vers les chameaux. S'il ne pleut pas pendant 90 jours, le bétail mourra, mais pas les chameaux», déclare-t-il.

Un programme de préparation à la sécheresse

Si ce calcul paraît simple aux yeux des habitants de Teso, il repose en réalité sur toute une série de variables complexes. Le projet pilote auquel participent Galgolo Huka et Adam Jillo fait partie d'un programme de préparation à la sécheresse mis en place par ECHO. Doté de 40 millions d'euros (57 millions de dollars américains), il couvre des pays exposés à la sécheresse, parmi lesquels le Kenya, l'Éthiopie, l'Érythrée, Djibouti, la Somalie et l'Ouganda.

Lammert Zwaagstra, qui en est le coordonnateur, pense que le programme répond à des besoins réels. «Il y a davantage d'eau dans ces régions montagneuses que dans le bush, qui est très exposé à la sécheresse, mais la densité de population y est aussi plus forte. Les périodes de faibles précipitations sont de ce fait plus difficiles à gérer, ce qui a des effets négatifs sur la sécurité alimentaire. Les chameaux vont permettre d'améliorer considérablement la situation», explique-t-il.

«Fournir des chameaux aux villages coûte cher, environ 25 000 shillings kényans (345 dollars américains) par tête, mais l'investissement en vaut la peine» assure Lammert Zwaagstra.

«Les chameaux vont permettre à des villages comme celui de Teso de subvenir durablement à leurs besoins. Ils pourront faire face à des périodes de sécheresse dont on sait qu'elles seront de plus en plus fréquentes, plutôt que de compter sur l'aide alimentaire et d'en devenir dépendants», explique-t-il.

Si le projet pilote donne de bons résultats, d'autres communautés villageoises – au Kenya, mais aussi dans d'autres pays – pourraient également recevoir des chameaux. Pour l'heure, Galgolo Huka continue de veiller sur ses deux jeunes chamelles, attendant avec impatience qu'elles produisent leur premier litre de lait.

Daniel Dickinson
Regional Information Officer, Nairobi


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