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Philippines

Quand le conflit à Mindanao revient sur le devant de la scène

Le 5 août 2008, le Front de Libération Islamique Moro (FLIM) et le gouvernement de la république des Philippines devaient signer un protocole d'accord de paix pour Mindanao, cette île du sud des Philippines, touchée depuis trente ans par un conflit entre les rebelles musulmans et l'armée philippine. Ce protocole était le résultat de dix ans de négociations de paix entrecoupées d'épisodes violents qui ont provoqué des déplacements répétés pendant toute cette période.

Une grand-mère et sa petite fille déplacées dans le centre d'évacuation de Paidu Pulangi, municipalité de Pikit, North Cotabato.
Une grand-mère et sa petite fille déplacées dans le centre d'évacuation de Paidu Pulangi, municipalité de Pikit, North Cotabato.
Photo : EC/ECHO/Anne-Françoise Moffroid

Le 4 août, suite à un vent de protestations contre ce plan de paix à travers les Philippines, la Cour suprême a bloqué sa signature. L'échec de cette signature a provoqué une violente réaction, attribuée à des factions incontrôlées du FLIM, qui ont occupé des villages, commettant des atrocités et brûlant les maisons, provoquant ainsi un déplacement massif de civils. L'armée philippine a très vite répondu et le conflit s'est répandu à travers les différentes provinces de l'ouest de Mindanao, causant de nouveaux déplacements. Fin novembre, on estimait le nombre de personnes déplacées internes (PDI) à plus de 300.000 (plus de 68.700 familles).

La réponse humanitaire s'est mise en place dès le début de l'escalade de la crise, d'abord dans le cadre des opérations humanitaires en cours, ensuite au travers d'un financement spécifique. Le 2 octobre 2008, la DG ECHO a adopté une décision d'urgence de €4 millions, couvrant l'assistance fournie depuis le 10 août. Nos partenaires fournissent de la nourriture et des articles essentiels, de l'eau et des installations sanitaires, une assistance en matière d'abris ainsi qu'une aide psycho-sociale et des activités éducatives et de protection pour les enfants.

Les violentes attaques contre les communautés et l'absence de réponse de la direction du FLIM aux appels à la paix du gouvernement font craindre que la situation continue à empirer et que les déplacements continuent pour plusieurs mois encore. Cette situation nécessite une augmentation considérable du niveau d'aide, initialement prévue sur une base à court terme. La Commission vient d'adopter une nouvelle décision de financement humanitaire de €2,5 millions. L'aide financée par la présente décision portera principalement sur l'aide alimentaire, l'eau et l'assainissement, les abris, la distribution d'ustensiles de base et la coordination.

 

Un pays exposé aux catastrophes

Comptant parmi les pays les plus exposés aux catastrophes dans le monde, les Philippines ont une capacité de gestion des catastrophes bien développée. Néanmoins, la Commission européenne est intervenue pour fournir une aide humanitaire par l'intermédiaire de sa direction générale de l'aide humanitaire (ECHO) dans les régions où les typhons ont frappé et où des conflits armés internes ont éclaté dans le sud ces dernières années.

Contexte du pays

Destroyed village of Guinobatan after the passage of typhoon Durian
Destroyed village of Guinobatan after the passage of typhoon Durian
Photo : EC/ECHO/Maria Olsen

Les Philippines sont situées entre la mer des Philippines et la mer de Chine méridionale, à la pointe occidentale de l'océan Pacifique. Le pays est frappé par des catastrophes naturelles à répétition: typhons, tremblements de terres, inondations, glissements de terrain, éruptions volcaniques, tsunamis. Les typhons, qui trouvent leur origine dans le Pacifique ouest, sont particulièrement fréquents dans la région, et les Philippines doivent en général affronter 20 typhons par an en moyenne. Archipel très peuplé, les Philippines comptent près de 90 millions d'habitants, parmi lesquels 30% vivent sous le seuil de pauvreté, souvent dans des zones densément peuplées. En outre, bien que le pays soit indépendant depuis plus de 60 ans, il est confronté aux menaces du mouvement séparatiste islamique (le Front de libération islamique Moro, le MILF) dont les activités à Mindanao ont causé un conflit civil et le déplacement interne de milliers de personnes.

La réponse d'ECHO en faveur des victimes des typhons

Entre le 25 septembre et le 9 décembre 2006, une série de typhons (Xangsane, Cimaron, Durian et Utor) a frappé les Philippines. Parmi ces quatre typhons qui ont touché le pays en l'espace de 3 mois, 2 étaient des "super typhons" de catégorie 4 avec des vents soutenus maximaux à plus de 200 km/h.

Les typhons ont déclenché des crues subites, des coulées de boue, des inondations considérables, et associés aux vents violents, ils ont endommagé ou détruit des maisons, des bâtiments collectifs, des infrastructures publiques, des routes, des ponts, des cultures et les entreprises de pêche. Près de 310 000 maisons ont été complètement détruites par les typhons, laissant 1,5 million de personnes sans abri, et 300 000 autres habitations ont été partiellement endommagées.

ECHO a réagi en allouant au titre de l'aide humanitaire 2 millions d'euros pour répondre principalement aux besoins d'urgence créés par les typhons, en particulier la gestion de camps pour les personnes déplacées, la fourniture d'abris d'urgence, l'approvisionnement en eau potable et en articles non-alimentaires, et les services logistiques.

La capacité des Philippines à gérer les catastrophes a, une nouvelle fois, été mise à rude épreuve en novembre et décembre 2004 lorsque la côte est de l'île de Luçon a été frappée par une série de typhons et de crues subites. Les dégâts ont été terribles: plus d'un million de personnes ont été touchées, plus de 100 000 maisons ont été endommagées ou détruites, les infrastructures publiques ont été désorganisées et les récoltes ont été perdues. Le gouvernement a déclaré l'état d'urgence et demandé l'aide internationale pour satisfaire les besoins les plus urgents dans le domaine humanitaire et pour soutenir le processus de reconstruction.

La Commission a fourni, par le biais d'ECHO, 800 000 euros (50,4 millions de PHP) pour aider 200 000 personnes parmi les plus vulnérables, essentiellement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Les fonds ont financé des opérations de secours immédiates, notamment la distribution de colis de survie, d'eau potable, d'objets ménagers de base et d'abris provisoires. En outre, ECHO a financé des activités de réhabilitation à petite échelle, comme la réparation des puits et des installations sanitaires, ou d'infrastructures, notamment les passerelles pour faciliter l'accès aux villages isolés, et la distribution de semence et d'outils agricoles pour permettre aux gens de reprendre leur vie.

La réponse d'ECHO en faveur des victimes des conflits

Le mandat d'ECHO couvre non seulement l'aide humanitaire aux victimes de catastrophes naturelles, mais aussi aux victimes de crises d'origine humaine. Entre 2000 et 2005, ECHO a fourni près de 6 millions d'euros pour financer une aide d'urgence aux milliers de personnes déplacées à cause du conflit armé des Philippines du sud.

Temporary settlement camp for victims of Typhoon Durian
Temporary settlement camp for victims of Typhoon Durian
Photo : EC/ECHO/Maria Olsen

Les hostilités entre le gouvernement philippin et les séparatistes islamiques ont conduit à un déplacement de population en masse sur l'île de Mindanao. Au départ, ces personnes cherchaient refuge dans les centres d'évacuation répartis sur l'île, puis l'affaiblissement du conflit consécutif aux accords de cessez-le-feu de 2003 et 2004 leur a permis de commencer à rentrer chez elles. Les fonds d'ECHO ont garanti aux personnes déplacées de recevoir des informations exactes concernant les possibilités qu'elles avaient de rentrer chez elles ou de s'installer ailleurs. Les fonds ont également servi à faire prendre conscience aux responsables locaux des droits des personnes déplacées et des rapatriés, conformément aux principes directeurs de l'ONU.

Tout en continuant à aider les personnes restées dans les centres d'évacuation, les fonds d'ECHO ont aussi permis d'aider les rapatriés à se réinstaller grâce à la réhabilitation des puits détruits ou contaminés afin de leur garantir une eau potable, à la reconstructions des systèmes sanitaires et au soutien des services de santé de base et à l'éducation à l'hygiène. En outre, ECHO a fourni des outils agricoles de base et des semences ainsi que des équipements de pêche pour permettre à la population de créer du revenu et de regagner une indépendance. ECHO a également soutenu les recherches et la publication d'une étude sur les besoins des populations affectées par le conflit dans la région de Liguasan Marsh, au centre de Mindanao, l'une des zones les plus ravagées par le conflit. L'étude a fourni une base de données utilisée par ECHO et d'autres organisations internationales pour définir des stratégies de programmation pertinentes répondant de façon efficace aux besoins des personnes de cette région. Entre 2004 et 2005, ECHO a accordé 1, 35 million d'euros pour soutenir de tels projets.

Avec l'amélioration progressive de la situation parallèle aux cessez-le-feu, les derniers programmes financés par ECHO ont pris fin en 2006, lorsqu'ECHO a organisé son retrait progressif de Mindanao tandis que plusieurs autres activités de la Commission européenne permettaient de répondre aux besoins à long terme de la population concernée.

Sauver des vies en se préparant aux catastrophes naturelles

Grâce à son programme de préparation aux catastrophes (DIPECHO), la Commission européenne soutient également des activités visant à réduire l'impact des catastrophes par la préparation préventive et les activités d'atténuation à petite échelle. Entre 1998 et 2002, DIPECHO a financé 4 projets aux Philippines pour un total de près d'un million d'euros (60 millions de PHP).

En novembre 2005, DIPECHO a organisé une réunion consultative nationale dans le cadre du dialogue stratégique pour son futur plan d'action pour l'Asie du sud-est. La réunion a rassemblé les agences gouvernementales (CNCC), les organisations non-gouvernementales, les organisations internationales et les organismes donateurs concernés par la réduction des risques découlant des catastrophes naturelles aux Philippines. Des experts philippins et étrangers ont présenté et examiné leurs expériences de réductions des risques de catastrophes dans le cadre du développement durable, partageant leurs meilleures pratiques et stratégies et évaluant leur pertinence par rapport aux conditions locales. À la suite de cette réunion, la Commission européenne a décidé de continuer à apporter son aide aux Philippines. Ainsi, 1,2 million d'euros de fonds seront déboursés en 2007 et 2008 pour financer 3 projets de préparation aux catastrophes aux Philippines.